• l'arrière-scène de «La Venoge»
de Gilles

• comment Gilles est «devenu» vaudois

• les engagements
de Gilles, au-delà d'être un «chantre du terroir»

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Gilles entre Seine et Venoge

Aujourd’hui, «La Venoge» de Gilles constitue le poème avec un grand P du chantre vaudois par excellence. Pourtant, Gilles n’est pas «né vaudois». Il l’est devenu. Sur le tard.

En effet, Gilles avait déjà 59 ans lorsque son stylo, «mû par une force irrésistible», comme il l’a écrit, «se mit à courir sur la page encore vierge», pour accoucher de «La Venoge». Ce texte d’exception ouvrait ainsi la voie aux nombreuses autres «vaudoiseries» qui, ici, auréolent toujours ce «bon gaillard bien de chez nous».

Avant cela, Gilles avait fait carrière à Paris et les Français le voyaient comme l’un des leurs. Selon l’historien François Willen, il a fallu attendre mai 1960 pour que l’on commence à accoler à Gilles «l’étiquette de chansonnier vaudois» (à la suite de sa pièce de théâtre «La Grange aux Roud», immense succès populaire au théâtre de Mézières).

Autrement dit, presque un an était passé entre la naissance de «La Venoge» et le fait que les gens d’ici qualifient Gilles de «poète du terroir» et le figent - hélas ! – dans ce rôle. Hélas, oui, disons – nous car il s'agit là d'une vision bien réductrice du talent du père de «Dollar».

En effet, avec ce cri anticapitaliste chargé de bon sens et d'espoir, Gilles écrivait la première chanson engagée du XX
e siècle. Nous étions alors en 1932, bien avant l'avènement des Trénet, Brassens, Brel et autres Prévert qui lui emboîtèrent le pas.

(Pour qui souhaite découvrir la véritable dimension de l’auteur de «Dollar», se référer aux trois tomes «Le meilleur de Gilles» parus aux éditions Publi-Libris.)

Mais il s’agit ici de célébrer ce texte qui illustre nos airs et nos manières.

Sous une autre plume que la sienne, ce poème aurait pu n’être qu’une œuvrette régionaliste, un écho à la portée limitée, incapable de franchir nos frontières. Or, dans son cabaret «Chez Gilles», au numéro 5 de l'Avenue de l’Opéra à Paris, le public s’en délectait. Il saisissait – pouvait-on en espérer tant ? – les subtilités de ce petit chef-d’œuvre.

C'est là que Jacques Brel avait entendu notre homme dire ce poème. Il avoua à Gilles – qu’il considérait comme son maître – avoir osé écrire «Le plat pays» au vu de l’étonnant succès que rencontrait – auprès des Parisiens – cet hymne à une rivière suisse inconnue !

Jusqu’à ce que Gilles en parle, la Venoge était, selon les propres dires du poète : «une rivière discrète, peu connue alors de nos gens, à l’exception des riverains ou des pêcheurs de truite qui allaient, le dimanche, y cueillir d’un petit coup sec leurs proies frétillantes».

Depuis, ce «fleuve« a acquis ses lettres de noblesse. On apprend «La Venoge» à l’école et l’on s’en souvient. On le cite. Et l'automne 2004 donnera l'occasion de célébrer le cinquantième anniversaire de l'entrée de «La Venoge» dans le monde des lettres – honneur que bien des cours d’eau mythiques du monde peuvent lui envier !

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