BOUSSOLE DE PAGE:

• Gilles ou la voix
des peuples

• Quand Gilles nous éclaire sur la genèse de
«La Venoge»

• Gilles, le poète que les Vaudois attendent depuis 200 ans


Gilles dans les années 1940, devant une affiche de Gilles et Julien…


Gilles : poète inspiré,
totem inspirant


Avec «La Venoge» et d’autres textes, Jean Villard-Gilles est devenu une sorte de «totem emblématique de la terre vaudoise» selon le journaliste Robert Netz.

L’historien François Willen relève que Gilles, à la fin de sa carrière, a fini par représenter le «symbole de notre “vaudoisitude”».

Avant lui, l'homme de radio Emile Gardaz voyait déjà en Gilles le «Vaudois parmi les Vaudois», celui qui «restitue notre vrai visage, dépiste les sentiers un peu compliqués de nos âmes».

Mais au-delà de cette vision de carte postale - certes fort plaisante et flatteuse – il s’impose de redécouvrir un autre Gilles. (Voir à ce sujet les repères biographiques du site www.apo-g.ch entièrement consacré au poète.) «La Venoge» a fait de son auteur un «héros national» ou, pour le moins, «un tout grand monsieur qu'on salue» selon la formule que Gilles applique au major Davel dans son texte «Le miracle de Saint-Saphorin».

Mais «La Venoge» possède un autre mérite. Celui – fait presque unique chez Gilles – de nous éclairer sur le mode de création de ce poète. En effet, dans son livre «Chansons que tout cela !» (réédité dans l'anthologie «Le meilleur de Gilles»), l’artiste s’explique sur la genèse de ce poème.

Voyez plutôt : «Un jour que j’attendais l’inspiration, devant une mer bretonne absolument calme, sous un ciel sans nuages, quelque chose de bizarre se produisit. Je vis apparaître sur cette surface immobile, comme en filigrane, une ligne sinueuse autour de laquelle un paysage familier surgit du fond des eaux, couvrant l’Océan de collines verdoyantes, de bois, de vergers, et même de petits villages. Il n’y avait pas de doute, c’était mon lointain pays vaudois qui flottait, ô mirage ! comme une carte, sur la mer. La ligne sinueuse au milieu, c’était : la Venoge ! […] C’est ainsi qu’est né, à mille kilomètres de chez nous, ce poème qui est allé au fond du cœur non seulement de mes compatriotes, mais encore des Parisiens et de tous ceux à qui je l’ai fait entendre.»

Ces quelques lignes offrent, à notre connaissance, l’une des trois seules évocations de la plume même de Gilles de son fonctionnement créatif.Une autre est l’introduction parlée de «La chanson du pêcheur de thon». Là, Gilles a beau être dans un restaurant parisien, il dit voir «comme en surimpression […] une image du ciel breton». Ainsi, dans ces deux cas, le réel sert de tremplin à l’imagination. La force créative jaillit sans égard pour ce que le poète a sous les yeux. Puis, ce mirage se précise et se substitue à la réalité. L’auteur ne voit plus ce qui l’entoure. Son sujet en devenir l’accapare tout entier. Gilles se laissait donc envahir par une idée, d’abord floue, qu’il modelait ensuite à sa guise en grand maître de la forme qu’il était.

«La Venoge» et la sublime «Chanson du pêcheur de thon» ne sont que deux exemples (parmi 300 chansons et poèmes) des qualités de plume qui pourraient bien faire de Gilles «Le poète que les Vaudois attendaient depuis deux cents ans», comme le dit Christian Marcadet du CNRS-Paris.